Lutter contre le gaspillage alimentaire pour un monde meilleur
May 3, 2022
May 3, 2022
Une Occasion Gâché est le troisième et plus récent rapport de Deuxième Récolte et de Value Chain Management International (VCMI). Ce rapport analyse en profondeur l’ampleur, la localisation et les raisons du gaspillage des surplus alimentaires dans l’industrie agroalimentaire. Nous avons recensé 127 177 entreprises susceptibles de faire don de surplus alimentaires au sein de l’industrie agroalimentaire canadienne, notamment des agriculteurs, des transformateurs, des grossistes, des détaillants, des hôtels, des restaurants et des services de traiteur.
Nos recherches ont révélé que l’industrie agroalimentaire canadienne produit chaque année 3,2 millions de tonnes de surplus alimentaires. De ce volume, 96 % ne sont ni récupérés ni redistribués pour la consommation humaine.
Pourquoi? Malgré la diversité des points de vue au sein de l’industrie agroalimentaire, nous avons constaté que les obstacles au don des surplus alimentaires reposent sur des croyances erronées et limitantes qu’il nous faut absolument dépasser.
La récupération des surplus alimentaires peut contribuer à résoudre les problèmes sociaux et environnementaux du Canada (entre autres). Sur le plan social, l’insécurité alimentaire est en hausse et les organismes de bienfaisance alimentaire peinent à nourrir les millions de Canadiens qui souffrent de la faim. Notre deuxième rapport, Le Réseau invisible de l’alimentation du Canada (2021), a révélé qu’il existe quatre fois plus d’organismes de bienfaisance alimentaire – soit 61 000 organismes sans but lucratif – que d’épiceries au pays.
Sur le plan environnemental, le gaspillage alimentaire est une utilisation non durable (et inutile) de nos ressources et nuit à notre planète. En moyenne, la récupération et la redistribution des surplus alimentaires permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 3,82 tonnes par tonne d’aliment. La récupération des surplus alimentaires, comparativement à leur enfouissement, réduit de sept fois les émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation.
Quels obstacles se dressent sur la voie à suivre? Que peuvent faire les entreprises de l’industrie alimentaire canadienne?

Nous avons identifié cinq facteurs qui influencent fortement la volonté des entreprises du secteur alimentaire canadien de donner leurs surplus alimentaires. Voici ces facteurs, ainsi que des pistes pour les contourner et réformer en profondeur notre système alimentaire défaillant.
L’industrie alimentaire canadienne tire ses profits et verse des salaires grâce à la production, la distribution et la vente d’aliments. Il est donc naturel que les acteurs de cette industrie considèrent le don des surplus alimentaires comme moins important pour leurs intérêts commerciaux.
––Extrait du rapport une Occasion gâchée
L'opportunité? Rendre financièrement avantageux pour les entreprises du secteur alimentaire le don de leurs surplus alimentaires. Par exemple, lorsque le gouvernement canadien a créé le Programme de récupération des surplus alimentaires, des organismes alimentaires ont reçu un financement de 50 millions de dollars pour acheter et redistribuer ces surplus. Cela a contribué à inciter les entreprises à faire des dons. Lorsque le financement a pris fin, les dons ont cessé.

Au Canada, de nombreuses entreprises s'inquiètent des responsabilités juridiques liées aux dons de nourriture, en particulier de denrées périssables. Pourtant, aucun cas documenté au Canada ne fait état de poursuites pour négligence contre une entreprise ayant fait don de surplus alimentaires. Il n'existe donc aucun précédent en matière de responsabilité juridique, même pour les denrées périssables.
L'opportunité? Sensibiliser et informer les entreprises du secteur alimentaire afin de dissiper leurs craintes quant aux responsabilités juridiques liées aux dons de nourriture. Lorsqu'une entreprise respecte ses protocoles habituels de salubrité des aliments et fait un don de bonne foi, elle est protégée contre toute responsabilité juridique par la loi sur le « bon samaritain » et la loi sur le « don de nourriture ».
Nos recherches montrent que des politiques d'entreprise empêchant les dons existent, fondées sur des perceptions erronées. Ces politiques ne constituent pas des réglementations ; elles sont perçues tout au long de la chaîne d'approvisionnement comme un simple « coût inhérent à l'activité » et adoptées faute de responsabilisation quant à la réduction du gaspillage alimentaire au sein du secteur.
La solution? Mettre en place une réglementation incitant les entreprises agroalimentaires à récupérer et à donner une plus grande part de leurs surplus alimentaires consommables. Offrir des allégements fiscaux ou des incitations financières pour récompenser ces entreprises et responsabiliser celles qui ne respectent pas la réglementation.
Le secteur alimentaire caritatif dispose de ressources financières limitées et dépend souvent du bénévolat. Cela peut engendrer des difficultés de communication et d'organisation pour les entreprises souhaitant faire des dons à des organismes de récupération alimentaire.
L'opportunité? Le deuxième rapport de Deuxième Récolte, le Réseau invisible de l'alimentation au Canada (2021), a mis en lumière le réseau disparate de 61 000 organismes sans but lucratif canadiens qui tentent de nourrir 6,7 millions de Canadiens dans le besoin. En réponse, nous avons lancé notre application de récupération alimentaire à l'échelle du pays afin de faciliter la mise en relation des entreprises souhaitant donner leurs surplus alimentaires avec les organismes qui en ont besoin. La technologie et les organisations comme la nôtre peuvent contribuer à coordonner la récupération alimentaire à grande échelle.
Les contraintes opérationnelles qui pèsent sur l'ensemble du système alimentaire rendent le changement difficile. Les chaînes de production sont continues, à haut volume et à sens unique. Il est impossible de les inverser, de les interrompre pour de petites séries ou d'y introduire différents produits en cours de production. Parallèlement, le secteur caritatif alimentaire dispose de ressources financières et logistiques limitées pour soutenir rapidement et efficacement la récupération et la redistribution des surplus alimentaires.
La complexité est perçue lorsqu'il s'agit de modifier les systèmes afin de donner les surplus alimentaires plutôt que de les jeter, comme c'est le cas actuellement.
L'opportunité? Inciter les entreprises à examiner attentivement si une partie de ce qui est considéré à tort comme des déchets organiques est en réalité un surplus alimentaire pouvant être donné. Cela nécessiterait un financement pour soutenir une solution de transport fiable, efficace et performante afin de récupérer et de redistribuer ces surplus.

Les croyances erronées et limitantes sont souvent les seuls obstacles à la mise en œuvre d'actions durables. Nous pouvons surmonter ces contraintes et limitations en commençant par de petits programmes pilotes qui nous permettront de tester et de valider nos hypothèses, et ainsi œuvrer à un changement positif à grande échelle.
Pour en savoir plus, consultez notre rapport de 2022, « Une occasion gâchée ».
Deuxième Récolte tient à remercier la Fondation Walmart pour son soutien continu, qui a permis de financer cette étude. Ensemble, nous travaillons à des solutions durables qui réduiront considérablement les pertes et le gaspillage alimentaires dans la chaîne d'approvisionnement canadienne.