Lutter contre le gaspillage alimentaire : une opportunité climatique inexploitée au Canada

June 5, 2026

Nous ne sommes pas en bonne voie pour atteindre l'objectif du Canada en matière de gaspillage alimentaire fixé pour 2030

En 2015, le Canada s'est engagé à respecter le Programme de développement durable à l'horizon 2030 des Nations Unies, qui comprend notamment l'objectif de réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial par habitant d'ici 2030.

Depuis lors, le gouvernement fédéral a pris des mesures importantes pour lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaires grâce à des initiatives telles que la Politique alimentaire du Canada de 2019, le Défi de réduction du gaspillage alimentaire et le Programme de récupération des surplus alimentaires.

Bien que ces efforts aient contribué à créer une dynamique, ils n’ont pas suffi à mettre le Canada sur la bonne voie pour atteindre son objectif de 2030.

C’est pourquoi Second Harvest a soumis des recommandations au projet de Stratégie fédérale de développement durable 2026-2029 du gouvernement. Voici ce que nous demandons et pourquoi.

Le problème : le projet de stratégie de développement durable du Canada pour 2026-2029 ne prévoit aucune mesure concrète contre le gaspillage alimentaire

Malgré ses répercussions considérables sur les plans environnemental, économique et social, le gaspillage alimentaire n'est pas traité comme un enjeu à part entière dans le projet de stratégie.  

Pourquoi est-ce important?

Le gaspillage alimentaire continue d'avoir des conséquences majeures dans tout le pays.  

Le gaspillage alimentaire évitable génère 25,7 millions de tonnes d'émissions de CO₂ par an, ce qui équivaut à peu près aux émissions annuelles de 5,6 millions de voitures particulières. Il représente également une empreinte hydrique de 13 314 millions de mètres cubes, soit l'équivalent du débit des chutes du Niagara pendant 53,6 jours.  

Le gaspillage alimentaire sape également les efforts en matière de sécurité alimentaire, qui dépendent de l'accès, de l'accessibilité financière et de la gestion efficace des denrées alimentaires tout au long de la chaîne d'approvisionnement.

Ce que nous demandons  

La contribution de Second Harvest présente des modifications précises concernant trois objectifs clés du projet de stratégie.

Objectif 2.2 : Renforcer la résilience et la durabilité de l'agriculture canadienne

Notre recommandation : ajouter une mention reconnaissant que le changement climatique est à l'origine des pertes et du gaspillage alimentaires dans le secteur agricole.

Pourquoi est-ce important?

Aujourd'hui, 18 % du gaspillage alimentaire évitable au Canada se produit au stade de la production, principalement en raison de facteurs liés aux conditions météorologiques et au climat.

Le changement climatique accentue les pertes tant avant qu'après la récolte. Les phénomènes météorologiques extrêmes, les pénuries d'eau et l'érosion des sols compliquent la culture, la récolte et le transport des denrées alimentaires, ce qui entraîne une augmentation du gaspillage, en particulier pour les fruits sensibles à la température tels que les myrtilles et les pêches.

Objectif 3.1 : Réduire les émissions de gaz à effet de serre

Notre recommandation : intégrer explicitement les déchets du système alimentaire dans les plans de réduction des émissions.

Pourquoi est-ce important?

Le système alimentaire est responsable de plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Au Canada, le gaspillage alimentaire représente 77,7 millions de tonnes d’émissions de CO₂, dont 25,7 millions de tonnes pourraient être évitées.
La réduction du gaspillage alimentaire est l’une des solutions climatiques les plus rapides, les plus rentables et les plus efficaces qui soient. Selon certaines études, elle devance même les véhicules électriques, le développement des énergies renouvelables et les programmes de recyclage.

Objectif 3.5 : Réduire et gérer les déchets

Notre recommandation : mentionner spécifiquement le gaspillage alimentaire dans les objectifs de réduction des déchets et s'engager à collaborer avec les provinces, les territoires et les autres parties prenantes pour mettre en place des méthodes de mesure harmonisées.

Pourquoi est-ce important?

Le gaspillage alimentaire représente environ un quart des déchets organiques mis en décharge au Canada, ce qui en fait un facteur majeur des émissions de méthane, un gaz bien plus puissant que le CO₂.

La réduction et la valorisation des déchets alimentaires sont essentielles à la mise en place d'une économie circulaire et de systèmes alimentaires plus résilients. Cela contribue également à réduire les coûts d’élimination, à créer de nouveaux marchés pour les matériaux récupérés et à garantir qu’un plus grand nombre de personnes puissent avoir accès à la nourriture dont elles ont besoin.  

Mais il y a un défi majeur : on ne peut pas gérer ce qu’on ne mesure pas. Bien que le Canada ne dispose actuellement d’aucune approche nationale cohérente pour mesurer les pertes et le gaspillage alimentaires, la récente publication par le Groupe CSA de la norme « CSA K100, Pertes et gaspillage alimentaires – Terminologie et mesure » fournit un cadre « made in Canada ».

La voie à suivre

La norme CSA K100 est la première norme nationale canadienne qui offre aux organisations et aux décideurs politiques un cadre commun pour définir, mesurer et rendre compte des pertes et du gaspillage alimentaires tout au long de la chaîne de valeur alimentaire. En établissant un langage et des définitions communs, en identifiant les étapes où surviennent les pertes alimentaires et en aidant les organisations à mesurer ces pertes et ce gaspillage à des moments clés, cette norme permet de mettre en place une approche cohérente pour suivre les progrès réalisés.

Nous disposons de la norme CSA K100 pour mesurer les pertes et le gaspillage alimentaires. Nous disposons d’une infrastructure de récupération alimentaire prête à rediriger les surplus alimentaires. Nous disposons de preuves solides démontrant que la réduction du gaspillage alimentaire est l’une des solutions climatiques les plus rentables parmi les outils de réduction des émissions.

Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’une stratégie fédérale de développement durable qui accorde au gaspillage alimentaire la priorité qu’il mérite.

Faisons en sorte que le Canada respecte son engagement pour 2030.

La contribution complète au projet de stratégie fédérale de développement durable 2026-2029 comprend des propositions détaillées de modifications rédactionnelles à apporter au projet de document. Vous pouvez la consulter ici (disponible en anglais seulement).