L'INSÉCURITÉ CROISSANTE : Le problème de l'alimentation, de la nutrition et de l'éducation au Canada
March 5, 2021
March 5, 2021
L’insécurité alimentaire est en hausse au Canada. Depuis la pandémie, un Canadien sur sept a du mal à se procurer des aliments sains et de qualité. Pour une personne en situation d’insécurité alimentaire et qui souffre de la faim, se nourrir est la priorité humaine la plus fondamentale. On ne peut qu’espérer que les aliments consommés soient sains et nutritifs, mais trop souvent, ce n’est pas le cas.
À l’occasion du Mois national de la nutrition en mars, nous nous penchons sur le lien entre l’insécurité alimentaire et la nutrition au Canada. Si des millions de Canadiens n’ont pas les moyens de se nourrir ou de faire leurs courses, il leur sera difficile de suivre un régime alimentaire équilibré et nutritif.
Il s’agit d’une conversation essentielle à un moment crucial. « L’accessibilité financière des aliments est un défi croissant », explique Krish Thayalan, diététiste agréée et coordonnatrice des programmes communautaires chez Deuxième Récolte. « Le coût des aliments devrait augmenter jusqu’à 5 % d’ici 2021, en particulier pour les produits plus sains comme les fruits et légumes frais et les protéines. »
Nous avons eu le plaisir de discuter avec deux experts en la matière, l'un du nord et l'autre du sud du Canada, de l'ampleur du problème de la nutrition alimentaire dans notre pays et de ce que nous pouvons faire à ce sujet.
Mabel Wong est conseillère principale en nutrition auprès du Bureau du médecin hygiéniste en chef des Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) du Canada. Diététiste agréée et éducatrice en santé, elle conseille des programmes, notamment ceux de Deuxième Récolte, qui œuvrent dans le domaine de l’éducation nutritionnelle, en particulier dans les communautés nordiques.
Krish Thayalan est coordonnateur des programmes communautaires chez Deuxième Récolte à Toronto, en Ontario. Il conçoit et anime des programmes d’éducation et de formation sur la prévention du gaspillage alimentaire et les connaissances en nutrition. Krish dirige également le programme « Nourrir notre avenir », qui fournit des repas du midi dans les camps d’été à plus de 2 000 enfants chaque été, et supervise plus de 300 organismes de services sociaux torontois qui distribuent des repas aux personnes dans le besoin.

« La nutrition humaine, au sens large, est la science qui étudie comment l'alimentation influence la santé humaine – physiquement, mentalement et émotionnellement », explique Mabel Wong. « Si l'on définit simplement l'insécurité alimentaire comme un manque d'accès à une alimentation disponible, abordable et acceptable, alors il existe un lien très fort entre insécurité alimentaire et nutrition. Une quantité et une qualité alimentaires insuffisantes nuisent à la santé humaine. »
Selon Krish Thayalan, l'insécurité alimentaire est un déterminant social de la santé reconnu et a un impact direct sur la nutrition. Le Centre d'études sur la sécurité alimentaire de l'Université métropolitaine de Toronto analyse la sécurité alimentaire selon la disponibilité, l'accessibilité, l'adéquation, l'acceptabilité et le pouvoir d'agir.
Au Canada, les aliments sains et de qualité ne manquent pas. En fait, 11,2 millions de tonnes métriques d'aliments comestibles et potentiellement récupérables sont perdues ou gaspillées tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Krish estime que le problème réside dans « l'accessibilité : fournir les moyens physiques et économiques d'avoir de la nourriture en tout temps, et l'adéquation : fournir des aliments sains et nutritifs produits de manière écologiquement durable. » Deuxième Récolte contribue à atténuer certains de ces obstacles en récupérant et en redistribuant des aliments de bonne qualité qui, autrement, seraient gaspillés.
« L’alimentation du Canadien moyen, en particulier celle des personnes à faible revenu ou marginalisées – sans qu’elles n’y soient pour rien – est riche en aliments caloriques, mais pauvres en nutriments, ce qui favorise les maladies chroniques », explique Krish. « Par conséquent, les gens se tournent davantage vers des aliments transformés bon marché, pauvres en vitamines et minéraux essentiels, et riches en sel, en sucre et en graisses saturées pour se nourrir. Le manque de nutriments dans ces régimes alimentaires peut ensuite entraîner une multitude de maladies chroniques comme le diabète et les maladies cardiaques, ce qui, à son tour, affecte la capacité des gens à gagner leur vie. Et ainsi, le cercle vicieux se perpétue. »

Pour Mabel et Krish, l'éducation a toujours été une partie essentielle de la solution à la malnutrition.
« Plus les gens sont informés et compétents pour faire des choix alimentaires sains, meilleurs seront leurs résultats en matière de santé », affirme Mabel. Dans le nord, on entend souvent dire que les fruits et légumes frais sont beaucoup trop chers. Mais elle soutient que les produits frais ne sont pas la seule forme d'aliments sains et que, dans certains cas, ils sont même moins nutritifs que les produits surgelés ou séchés.
« Les produits frais n'ont pas toujours la meilleure valeur nutritive, car ils sont cueillis avant d'avoir atteint leur pleine maturité et leur valeur nutritive optimale, puis transportés sur de longues distances », explique Mabel. Les aliments surgelés et séchés, comme les haricots et les lentilles secs ou les fruits et légumes surgelés, sont récoltés à pleine maturité et sont souvent plus riches en vitamines et minéraux que leurs équivalents frais. Les tomates séchées au soleil, par exemple, sont tout aussi nutritives que les tomates fraîches, mais elles sont plus légères et plus faciles à transporter sur de longues distances – et elles ne perdent pas de vitamine C et ne se détériorent pas pendant le transport.
Pour les personnes disposant d'un budget limité, Krish suggère de consulter les tableaux de valeurs nutritives. Recherchez des aliments contenant 5 % ou moins de votre limite quotidienne de sodium ou de gras saturés et plus de 15 % de vos besoins quotidiens en fibres, en vitamine A, en calcium ou en fer.
Cependant, comme le souligne Krish : « Il serait erroné de croire que le simple fait de fournir des connaissances suffit à modifier les habitudes alimentaires. En réalité, il s’agit d’un problème systémique : les Canadiens n’ont pas accès à une alimentation nutritive, digne et culturellement acceptable. La nourriture existe, mais comment pouvons-nous garantir son accessibilité ? »

Dans les Territoires du Nord-Ouest, chaque école offre un programme alimentaire gratuit. On y trouve également des cuisines collectives, le programme d’éducation nutritionnelle de Nutrition Nord Canada et des initiatives locales mises en place par les administrations municipales, notamment un soutien financier pour la chasse et la pêche.