Le Réseau alimentaire invisible du Canada : 4 fois plus d’organismes de bienfaisance alimentaire que d’épiceries

November 5, 2021

Le Canada compte plus de quatre fois plus d'organismes de bienfaisance alimentaire que d'épiceries. Ce chiffre alarmant devrait nous alerter à bien des égards. Pour chaque Loblaws ou Safeway, on dénombre quatre centres confessionnels, écoles, soupes populaires, refuges pour sans-abri, clubs et programmes qui offrent de la nourriture à 6,7 millions de Canadiens dans le besoin.

Des grandes surfaces aux épiceries de quartier, le Canada compte 15 344 épiceries. Parallèlement, plus de 61 000 organismes communautaires distribuent de la nourriture gratuitement ou à faible coût pour répondre à un besoin essentiel. « Il n'y a pas une région du pays qui ne souffre pas d'insécurité alimentaire », a déclaré Lori Nikkel, PDG de Second Harvest, à Canadian Grocer. « Il est inadmissible que dans un pays aussi riche que le nôtre, 61 000 organismes se soient mis sur pied pour fournir de la nourriture gratuitement ou à faible coût. »

« En résumé, les gens devraient pouvoir se procurer leur nourriture à l’épicerie parce qu’ils ont les moyens d’acheter ce dont ils ont besoin pour eux et leur famille », a déclaré Nikkel à CBC.

Environ 3 600 de ces organismes sont des fournisseurs alimentaires de première nécessité, comme les banques alimentaires. Les autres fournissent de la nourriture en complément de leurs missions principales, comme les écoles qui offrent des repas ou des collations. Ces organismes sans but lucratif sont présents dans toutes les communautés et sont souvent gérés par des bénévoles qui font de leur mieux avec des dons limités et une demande sans cesse croissante.

C’est le réseau alimentaire invisible du Canada.

Rapport du Réseau alimentaire invisible du Canada

Second Harvest met en lumière le vaste et essentiel réseau d'organismes sans but lucratif à travers le pays qui pallient les carences de nos systèmes et politiques alimentaires. Dans une étude novatrice inédite, le rapport du Réseau invisible de l'alimentation du Canada recense et cartographie tous les organismes non gouvernementaux qui nourrissent les Canadiens, en mesurant la quantité, les types d'aliments et les besoins, l'offre et la demande, les pénuries et l'impact de la COVID-19. Ce rapport a été rédigé par Second Harvest et Value Chain Management International (VCMI).

Lire le rapport du Réseau alimentaire invisible du Canada

« Nos recherches démontrent que le système d’aide alimentaire caritative est un vaste ensemble de services essentiels, mais mal coordonnés », a déclaré Lori Nikkel, PDG de Second Harvest, dans un récent communiqué de presse. « Ce modèle n’est pas viable pour un système alimentaire résilient, surtout pour les populations les plus vulnérables. De plus, des millions de tonnes d’aliments sains invendus finissent chaque année à la décharge. Il est impératif de combler dès maintenant le manque d’aide alimentaire, et ces recherches nous fournissent un plan concret pour aller de l’avant. »

Ces recherches constituent une première étape vers une compréhension globale du problème et l’élaboration d’un plan visant à réformer en profondeur les enjeux systémiques de l’alimentation au Canada.

Les déficits de l'offre et de la demande de produits alimentaires au Canada

Le rapport du Réseau alimentaire invisible révèle qu’en 2021, 6,7 millions de Canadiens (environ 18 %) dépendent des organismes d’aide alimentaire communautaires. Cela équivaut approximativement à la population combinée de l’Alberta, du Manitoba et de la Saskatchewan.

La valeur en dollars des aliments distribués par ce réseau s’élevait à 33 milliards de dollars en 2020. En termes de volume de ventes, cela en aurait fait la deuxième plus grande épicerie du Canada. Il est inacceptable que tant de Canadiens dépendent des organismes d’aide alimentaire communautaires pour se nourrir.

Compte tenu de la production alimentaire canadienne, notre pays pourrait nourrir tous les Canadiens et Canadiennes, et il resterait même un important surplus alimentaire. Le rapport de 2019 de Second Harvest, intitulé « La crise évitable du gaspillage alimentaire », a révélé que 11,2 millions de tonnes métriques (24,6 milliards de livres) de nourriture potentiellement évitable sont perdues et gaspillées chaque année au Canada. Une grande partie de ce surplus aurait pu être redistribuée au Réseau invisible d’aide alimentaire et aux millions de Canadiens en situation d’insécurité alimentaire qu’il soutient.

Le réseau invisible de l'alimentation, qui regroupe 61 000 organisations alimentaires communautaires.

Malheureusement, le réseau d'aide alimentaire invisible est largement méconnu, désorganisé et fragmenté. Il peine à répondre à une offre limitée et irrégulière face à une demande massive. Les bénévoles sont débordés et font de leur mieux avec les denrées alimentaires qu'ils reçoivent, au fur et à mesure qu'ils les obtiennent. Ils ont besoin de fruits et légumes frais, de viande, de produits laitiers et d'œufs pour nourrir les membres de leur communauté en situation d'insécurité alimentaire. Souvent, lors des afflux de dons, ils reçoivent trop de pain ou de céréales, ou encore des aliments transformés, certes moins sains, mais plus abordables.

Sans une gestion adéquate des ressources, une coordination efficace et des infrastructures appropriées, ce réseau d'aide alimentaire invisible – qui nourrit près de 20 % des Canadiens – est non viable et a besoin de notre aide. La pandémie de COVID-19 a rendu cette situation particulièrement criante.

L’insécurité alimentaire croissante au Canada et la COVID-19

Canada's The Invisible Food Network Report 2021 Second Harvest COVID-19 Food Impact

Avant la COVID-19, on estimait à 4,4 millions le nombre de Canadiens, dont 1,4 million d'enfants, qui n'avaient pas accès à la nourriture. Ce nombre ne cessait de croître depuis des décennies. La pandémie a accéléré ce phénomène. En mai 2020, une famille canadienne sur sept peinait à se nourrir.

Le chômage a explosé et les entreprises ont fermé leurs portes, forçant de nombreux ménages à choisir entre se loger et se nourrir. Les perturbations des circuits de distribution alimentaire, conjuguées aux protocoles et fermetures liés à la COVID-19, ont exercé une pression supplémentaire sur une chaîne d'approvisionnement alimentaire déjà fragilisée.

Résultat : les organismes de bienfaisance alimentaire ont constaté une augmentation de 72 % du nombre de personnes aidées pendant la pandémie. Le poids total des aliments et des boissons nécessaires pour nourrir les personnes dans le besoin est passé de 6,1 milliards de livres en 2019 à 9,9 milliards de livres en 2021, soit une augmentation de 61 %. Si chaque repas pèse une livre, cela représente près de 10 milliards de repas que les Canadiens ont reçus grâce à ce réseau invisible d'aide alimentaire.

Élaborer un plan pour l’avenir alimentaire durable du Canada

Il y a encore de l'espoir! Malgré cette forte hausse de la demande alimentaire, le financement d'urgence et la générosité de nombreux Canadiens ont permis d'atténuer quelque peu l'immense déficit entre l'offre et la demande.

Ce besoin persiste. « L'écart entre riches et pauvres continue de se creuser. Le chômage et le sous-emploi sont très élevés », a déclaré Nikkel à CBC. « Nous avons des problèmes de revenus, de logement et de services de garde abordables. » En comprenant mieux le réseau invisible de l'alimentation et la demande, nous pouvons commencer à combler le fossé entre ceux qui ont accès à des surplus alimentaires et les organismes qui en ont besoin. Nous pourrons ensuite élaborer un plan durable.

Lire le rapport du Réseau invisible des aliments du Canada