Comment la France lutte contre le gaspillage alimentaire
January 9, 2024
January 9, 2024
Note de la rédaction : Le gaspillage alimentaire n’est pas seulement un problème canadien ; c’est un enjeu mondial aux conséquences dévastatrices sur le changement climatique et la faim. Partout dans le monde, les pays s’efforcent de garantir que les aliments de qualité finissent dans nos assiettes plutôt qu’à la décharge, et nombre d’entre eux ont mis au point des stratégies originales pour s’attaquer de front à cette crise.
Dans cette série d’articles, The Harvest Journal explorera les politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire à travers le monde et mettra en lumière les initiatives prises par différents pays pour prévenir et réduire le gaspillage, bâtir des systèmes alimentaires plus durables et résilients, protéger notre planète et, enfin, mettre un terme au gaspillage alimentaire. Nous avons précédemment traité du Japon, de la Finlande et de la Corée.
La France est un chef de file du changement dans la lutte européenne contre le gaspillage alimentaire.
En 2016, le pays a adopté la loi Garot, du nom de l’ancien député Guillaume Garot, qui a défendu cette cause. Cette loi représente une étape importante dans la réglementation du gaspillage alimentaire. Elle a établi une hiérarchie des mesures anti-gaspillage, plaçant la prévention au premier plan, et responsabilise les entreprises en matière de réduction du gaspillage alimentaire.
La principale mesure de cette législation est l'obligation pour les supermarchés et les commerces d'alimentation d'une surface supérieure à 400 m² de donner leurs surplus alimentaires à des associations caritatives au lieu de les détruire. (Auparavant, les épiciers désinfectaient à l'eau de Javel les aliments périmés ou excédentaires pour empêcher les gens de fouiller dans leurs poubelles en fin de journée.) Cela a marqué un tournant important vers une approche plus systématique de la réduction du gaspillage alimentaire.

Au cours des années suivantes, le gouvernement français a étendu son action au secteur de l'hôtellerie-restauration, notamment aux restaurants, hôtels et traiteurs. Les restaurants, par exemple, sont incités à proposer des sacs pour que leurs clients puissent emporter les restes. Depuis le 1er janvier 2020, les supermarchés sont tenus de mettre en œuvre un plan de gestion de la qualité des dons alimentaires afin de garantir la qualité des denrées, impliquant la formation et la sensibilisation du personnel. Le non-respect de cette obligation est passible d'amendes pouvant aller jusqu'à 75 000 €.
Toujours en 2020, une loi anti-gaspillage ambitieuse est entrée en vigueur, visant à transformer l'ensemble du système de production, de distribution et de consommation d'un modèle linéaire en un modèle d'économie circulaire. Parmi les objectifs ambitieux figure une réduction de 50 % du gaspillage alimentaire d'ici 2030 par rapport à 2015.
Depuis la mise en œuvre de ces politiques, la France a réalisé des progrès significatifs, réduisant le gaspillage alimentaire de 10 % entre 2016 et 2020, selon les données d'Eurostat.
Cependant, ces politiques ne sont pas exemptes de critiques. Le champ d'application de la loi ne permet pas de s'attaquer pleinement aux causes profondes de ce problème en France : les commerces de détail et les restaurants sont responsables d'environ 20 % du gaspillage alimentaire, tandis que les ménages en sont les principaux contributeurs, à hauteur de 46 %. Des difficultés telles que la coordination des partenariats entre les commerçants et les associations caritatives, les problèmes de transport et la nécessité d'un stockage adéquat ont engendré des inefficacités dans leur mise en œuvre.
Modifier les comportements des consommateurs est particulièrement complexe. Pour avoir un impact au niveau des ménages, des campagnes de sensibilisation et d'éducation sont menées à l'échelle nationale. La France améliore également l'étiquetage des dates de péremption afin de mieux informer les consommateurs. Le pays utilise deux types d'étiquetage : la DLC (Date Limite de Consommation) pour la majorité des produits périssables et la DDM (Date de Durabilité Minimale) pour les produits secs, stérilisés et déshydratés. Afin de préciser que ces produits restent sûrs au-delà de la DDM, les producteurs peuvent ajouter des mentions telles que « Pour une dégustation optimale » ou « Ce produit peut être consommé après cette date ».